Article Web. Résumé Bataclan
Au printemps dernier, le buzz s'intensifiait autour d'un nouveau groupe apparemment sorti de nulle part, Empyr, et de son premier album, The Peaceful Riot. La supercherie, mise en place à grands renforts de teasers par Sony/BMG ne durera qu'un temps et l'on apprendra rapidement que les jeunes premiers n'étaient autres qu'une nouvelle entité réunissant sous son drapeau (c'est le cas de le dire) des ex-membres de Kyo, Pleymo, Watcha et Vegastar ; ces derniers déclarant ne vouloir “être jugés que pour leur musique, pas leurs CV respectifs”. Quoi de mieux pour cela que l'épreuve de la scène ?
Et pour bien faire les choses, le Bataclan avait revêtu ce soir-là les couleurs de l'Empyr : des drapeaux noirs frappés de la fameuse étoile blanche à sept branches pendaient des balcons. Lorsque la lumière s'éteindra une seconde fois (après une prestation très convaincante de Rhésus), c'est une étrange mélopée “mangaïsante” qui s'élèvera dans la salle parisienne, couvrant tant bien que mal les hurlements de l'assistance.
Le groupe fait alors son entrée et se dispose – batteur excepté – sur une même ligne ; une façon de dire que dans l'Empyr, on est tous égaux : pas de leader, pas d'individualités, mais une seule formation dont chaque membre est un indispensable pilier. Une mécanique bien huilée (d'ailleurs ils ont tous le corps maculé de “cambouis”) qui se met en marche dès les premières mesures The Voice of the Lost Souls. Cambrés en rythme dans une scénographie calquée sur Korn, les cinq ympériaux déploient un impressionnant mur de son qui n'a d'ailleurs rien à envier aux Américains.
Plus surprenant encore, Ben, bien décidé à s'affranchir de son image de “chanteur pour minettes” au sein de Kyo, hurle à s'en arracher les cordes vocales (c'est à une véritable métamorphose qu'on assistera ce soir-là, et Empyr est sa chrysalide). The Fever, Forbidden Song et My Empress se succèdent dans un même souffle rageur, jusqu'à l'intro cryptique de Water Lily entamée à la basse par Benoît, où Ben réapparaît torse nu, soulevant une vague de cris enthousiastes dans le public féminin. Les yeux fermés, habité, le chanteur transcende ses paroles (intégralement en anglais et avec un accent dont il n'a pas à rougir) tandis qu'autour de lui les musiciens crachent le feu et soufflent le chaud et le froid dans une alternance furie/mélodie rappelant parfois Linkin Park.
Les derniers décibels de The One n'ont pas fini de crépiter que l'intro de New Day se fait déjà entendre, provoquant l'hystérie dans le public qui aura immédiatement reconnu le single historique – le groupe cessera même de jouer un instant pour le laisser reprendre le refrain en ch½ur. “Je vois que vous êtes chauds, constate le chanteur, mais je suis sûr que vous n'avez pas encore tout donné. Voici Say it !”, et l'onde de choc percute une nouvelle fois de plein fouet les murs du Bataclan.
Sur l'intro planante de Birth, des lasers projetés dans la fumée simulent un ciel chargé d'angoisses millénaristes tandis que Ben retrouve un registre de voix proche de celui de Kyo. Assurant avec un des deux guitaristes, Florian, des ch½urs très efficaces, Benoît (ex-bassiste de Pleymo) fait presque figure de deuxième chanteur. Ce sera aussi lui qui annoncera, rigolard, “c'est la dernière chanson – enfin, du moins on fait semblant que c'est la dernière” qui précédera le tubesque Tonight et la fausse sortie de scène, donc.
Puis, passé une courte attente (de plus en plus de groupes, respectueux du public, ne font pas durer la tradition du rappel trop longtemps), le quintet s'approprie une dernière fois la scène pour terminer sur les excellents God is my Lover, March on et enfin Join us, dont la rythmique martiale confère à cette fin de concert une touche épique. La marche de l'Empyr vient à peine de commencer...